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Black girl in the city. Nicholle Kobi illustration.source Instagram

J’ai réalisé il y a quelques mois un sondage auprès de mes amis et collègues. Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de moi, quelles étaient mes qualités… dans une démarche de développement personnel. Les réponses allaient quasiment toutes dans le même sens.   « Je suis une femme plutôt sûre d’elle, ayant de la conversation, avec une capacité à interagir avec les autres, prompte à prendre la parole et à défendre ses idées envers et contre tout… »  Pourtant je ne suis pas sûre que cette définition me corresponde vraiment. Il se peut que j’ai une vision erronée de moi, car je suis au moins sûre que je n’étais pas cette femme là, il y’a quelques années. Je n’avais pas du tout confiance en moi, car n’obéissait pas aux critères de beauté de mon environnement, et je ne rentrais pas dans le moule de « la femme modèle » qui trouverait le saint graal entendez par là le « futur époux ».

Je repense souvent à mon éducation qui ressemble à celle qu’a reçu beaucoup de filles noires venant d’Afrique. En tant que jeune fille, un des aspects de cette éducation est de nous former implicitement à être une bonne épouse. Une femme docile et serviable, avec le bon physique « bien en chair ».

Beaucoup ont entendu des réflexions du genre « tu n’es pas assez belle » , « tu es trop mince »,   « tu es trop courte » #expression qui signifie de petite taille;   « tu es trop sombre », d’où je viens cela veut dire que tu es trop noire, sous entendu que tu n’es pas assez  claire de peau…. 

Ces réflexions sont dites par des mères, grands mères, tantes, grandes sœurs; celles là même qui sont censées nous inspirer, être des exemples et nous élever; quel dommage!

J’ai moi même essuyer ce genre de remarques. Je n’étais pas assez ronde « curvy »! J’ai eu droit à des insultes, des moqueries, des surnoms, tels que « spaghetti! », « tu as le ventre collé au dos!», « regardes tes pieds on dirait des tiges de balaie! » etc . 

J’ai aussi eu droit à des conversations empreintes de « compassion » avec la voix qui tremble, le genre de moment dans les films où on met une musique dramatique pour bien souligner la gravité de la scène « eh regardes tes seins, ils sont si petits! Quel homme voudra de çà? » Lorsque c’est une figure maternelle qui vous le dis, ça fait non seulement mal, mais surtout ça reste. Ces mots peuvent briser, faire perdre confiance à une adolescence en pleine recherche identitaire.

Résultat, pendant longtemps je ne pouvais pas mettre de vêtement exposant mes jambes. La pratique du sport était une épreuve pour moi, pourtant j’étais assez douée. Je ne pensais pas pouvoir me marier à un homme noir car persuadée que je n’étais pas à leur goût. Je n’avais aucune confiance en moi, et surtout je ne m’aimais pas du tout. 

Je me souviens des longues heures que j’ai passé demandant à Dieu pourquoi Il m’avait donné ce corps contrairement à ma soeur ainée qui était l’exemple parfait de la fille au top dans mon environnement. D’ailleurs ma mère n’hésitait pas à dire qu’elle aimait «les enfants gros ». Comme j’étais tout sauf un enfant gros (j’ai pesé 45kg jusqu’à la vingtaine), je vous laisse imaginer l’impact que ces mots avaient sur moi.

Outre ces atouts naturels qu’il vaut mieux avoir, il faut aussi developper des compétences ménagères, culinaires… Cette formation en général obligatoire est quotidienne. Ainsi, les jeunes filles vont au marché, font la cuisine, la vaisselle en général à la main; font la lessive de toute la famille; sont baby-sitters de leurs cadets; et je passe sur le fait que certaines doivent être les servantes de leurs frères, eh oui ça fait partie de l’exercice. Tout ça en plus des cours et des devoirs. Ces « compétences » doivent être acquises le plus tôt possible , car « une bonne femme doit savoir tenir sa maison », « doit pouvoir satisfaire son mari », «  doit être serviable » … 

Si tout cela s’était vérifié dans ma vie, j’aurai pensé que malgré la dureté, ces mots et pratiques étaient justifiées, que cela en valait la peine. Pourtant non! Absolument pas! Les hommes ne sont pas une science, il faut arrêter avec des phrases du type « les hommes aiment des femmes comme ci ou comme çà », « il faut savoir faire çà pour espérer pourvoir se marier/ garder un homme »…. Ces discours ne sont basés sur aucune statistique, aucune étude. C’est simplement l’étalage de leurs propres insécurités, et des coutumes perpétuées sans aucune remise dans le contexte! 

Personnellement le mariage n’est ni une finalité ni un but à atteindre à tout prix. Chaque humain est différent et peut aimer qui il veut, comment il veut. L’amour va au delà du physique ou des compétences culinaires, et le mariage c’est d’abord deux personnes qui s’aiment.

Je ne suis pas la plus belle de mes soeurs, cousines ou amies ; je ne suis pas la plus claire de peau, et encore moins la plus ronde. Pourtant j’ai été la première à me marier et je n’ai pas fais de veillées de prière pour trouver l’homme de ma Vie. Je ne suis pas une cuisinière hors paire, ni une femme soumise comme l’entendent ma mère et ma belle mère bien au contraire; j’ai du caractère, et mon conjoint aime çà.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de femmes et qu’elles mettent dans la tête des jeunes filles, les hommes n’épousent pas le physique, ils en tombent rarement amoureux. Le physique les attire c’est vrai, ça les excite. Mais j’en suis convaincue, ils n’épousent pas notre corps. 

Nous tombons amoureux de la beauté intérieure, de l’intelligence, de l’humour, du caractère… Combien de belles femmes aux atouts physiques enviables sont cocufiées? La preuve qu’il ne faut pas tout miser sur cet aspect de la personnalité. Il peut aider, mais c’est un mensonge de croire qu’il fait tout. A titre personnel, je trouve très décevant d’avoir une conversation avec une jolie personne (femme/homme) sans essence… qui n’à rien d’autre à offrir à part une bonne partie de jambes en l’air; ou une maison bien entretenue… c’est lassant! 

Les filles ne nous y trompons pas, les femmes heureuses, qui ont choisi de se marier (je répète que je ne considère pas le mariage comme un but) n’ont pas les physiques les plus avantageux (encore que ce critère varie d’un ciel à un autre). Elles ne sont pas les plus gentilles, les plus dociles, les plus jolies, car beaucoup d’hommes ne se contentent pas de ça. Comme dit Queen B  « Let’s get in formation! » et je pense qu’elle en sait quelque chose.

Une femme éduquée, travailleuse et ambitieuse peut avoir tout ce qu’elle veut au cours de sa vie: la famille, l’argent, le succès, et le physique qu’elle désire. 

Formons nous, travaillons sur nos qualités, nos compétences, développons nos talents. Ce sont là des valeurs sûres, de vraies richesses, des clés qui feront de nous des premières dames comme Michelle Obama; de grandes littéraires comme Maya. Angelou; de grandes et riches journalistes à l’instar D’Oprah Winfrey; de grandes cadres internationales telle que Christine Lagarde; des chanteuses planétaires comme Nina Simone;  des actrices récompensées comme Viola Davis ; de grandes avocates féministes telle que Gloria Allred; de grandes militantes telle que Malala Yousafzai…

Toutes ces femmes ne sont pas les plus belles, elles sont brillantes, combatives, ambitieuses, puissantes, expertes dans leurs domaines. Leurs actions changent la vie des gens, c’est là leur héritage . 

Je ne sais pas pour vous, mais moi elles m’inspirent, et j’aimerai que le temps n’ai aucune emprise sur l’aura que j’espère laisser derrière moi. Or la beauté est éphémère et telle une fleure elle se laisse éclipser par le temps; et vivre dans le but de satisfaire un homme franchement c’est insulter son existence.

Mamans, tatas, yaya, mamies, papas, faisons attention à ce que nous disons/enseignons à nos enfants, et questionnons nous sur les effets de nos actions à long terme. Nous pouvons faire de nos enfants des reines/rois ou des valets, à nous de choisir!

A nous de jouer! let’s teach them young, to work hard and effectively on their mind!