Avez vous déjà entendu ces intimations adressées à un garçon « Sois un homme! »; « N’agis pas comme une fillette! »? Je suis sûre que oui . Comme si avoir un sexe masculin ne suffisait pas pour faire de vous un homme. Comme s’il y avait des traits de caractères et un comportement réservés aux hommes et d’autres aux femmes.

Beaucoup d’hommes noirs par exemple ne disent pas facilement « je t’aime », ou plus globalement n’expriment pas leurs sentiments, et n’étalent pas leurs émotions. Cette question a souvent été le sujet de multiples débats avec les hommes de mon entourage. Bien entendu, pour eux la question ne se pose pas, et ça se solde en général par un « les hommes sont comme çà »! ou « nous ne venons pas de la même planète »… mais qu’est ce que cela veut dire?

J’ai récemment regardé le documentaire The Mask You Live In (Le masque sous lequel tu vis) produit par The Representation Project traitant de l’hyper masculinité aux Etats Unis. Ce documentaire m’a conforté dans l’idée selon laquelle la théorie du genre enferme nos enfants, et que nous gagnerons tous à être féministes comme l’exprime si bien ma très appréciée Chimamanda Ngozi Adichie. Et contrairement à ce que pense la majorité des gens, considérer l’égalité des genres serait tout aussi bénéfique aux hommes qu’aux femmes.

Biologiquement  nous sommes distingués par notre sexe – masculin et féminin.  Cette différence naturelle n’insinue aucune disparité dans le ressenti de l’émotion ou le traitement de l’information chez les enfants.       Il n y a qu’à regarder les enfants en bas âge jouer ensembles, garçons et filles font les mêmes jeux, jouent aussi bien avec des voitures qu’avec des poupées, courent dans tous les sens et pleurent tous lorsqu’ils ont un gros chagrin. Pourtant, dès la naissance notre société essaie de marquer les genres avec beaucoup de sous-entendus. En effet, dans les magasins de vêtements d’enfants, il y a le rayon rose réservé aux filles et le bleu réservé aux garçons.  Le constat est le même pour les magasins de jouets, les rayons réservés aux garçons proposent des voitures, des avions, des jeux de construction… Ce qui est choquant c’est que les jeux proposés aux garçons sont des jeux d’action et d’aventure; tandis que le rayon de filles, propose des jouets de type kitchenette, barbies émincées, accessoires de mode, paniers de la ménagère… comme pour les cantonner à un rôle stréotypé choisi à l’avance pour elles.  Ainsi au fur et à mesure que les enfants grandissent (surtout à l’adolescence) un fossé se creuse, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre avec des caractéristiques soit disant réservées à chaque groupe.

Comme le démontre à juste titre le documentaire The Mask You Live In, le genre est une fabrication sociale. Nous programmons nos enfants à l’hypermasculinité, le plus souvent caractérisé par l’agressivité, la rigidité , l’impassibilité, les muscles, les excès, la luxure. Ces stéréotypes sont propagés par le biais des jeux vidéo de plus en plus violents, des films, des séries, des publicités, des clips vidéo, de la pornographie.  Tout ce flux d’information auquel nos enfants sont aujourd’hui exposés au quotidien les influence négativement.

Nous mettons la pression à nos enfants en les mettant dans des cases préconçues. Nous disons à nos garçons qu’il y’a des qualités réservées aux filles: être sensible, émotionnel, sociable, bavard… or ce sont là des qualités qui déterminent l’empathie. On leur montre également qu’il y a des compétences réservées aux filles: la cuisine, les tâches ménagères; la gestion quotidienne des enfants; … et même des métiers réservées aux femmes.

Lorsqu’une femme a une brillante carrière professionnelle, on dit d’elle qu’elle est « comme un homme »! comme s’il était inconcevable d’avoir un poste à responsabilité, d’être forte physiquement, ou d’exercer le pouvoir en étant simplement une femme.

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Des expressions de type « Ne pleure pas comme une fille »;  « Ne sois pas faible »; « Tu râles comme une femme » ; « Ne sois pas une chochotte »;  » Ne laisse pas une femme contrôler ta vie, aie des couilles! » insinuent que les « vrais » hommes Ne doivent pas se montrer vulnérables; montrer d’émotion; parler de leurs douleurs/ problèmes ou faire étalage de leurs peurs parce que c’est réservé aux filles.

Je pense que ces formules désormais vulgarisées ne rendent pas service aux garçons.   C’est d’un tel niveau de pression, que lorsque le garçon ne rentre pas dans ces cases, il est tout de suite traité d’efféminé, de faible, de tapette, de canard…   La conséquence c’est que le garçon qui ne se sent pas à l’aise avec ses standards dits masculins perd confiance en lui puisque devant se comparer sans cesse à un standard auquel il ne correspond pas.

La manière dont on élève nos garçons leur fait enfouir leurs sentiments naturels de vulnérabilité, d’empathie derrière un masque de masculinité. Par exemple beaucoup d’hommes ayant des problèmes mentaux ne demandent pas d’aide, et ceux qui le font dans la communauté noire en particulier sont moqués ou rejetés.

Le risque est de créer des adultes faux, essayant de se conformer à un idéal masculin qui ne leur correspond pas réellement. Personne ne peut être heureux en vivant de cette manière. On ne peut espérer avoir des adultes équilibrés qui se cachent derrière des masques.

Le documentaire explique par exemple que beaucoup d’hommes n’expriment pas leurs sentiments parce que c’est synonyme de s’exposer, de montrer s vulnérabilité. Et ils le font encore moins face à d’autres hommes. Ils s’interdisent de se confier à leurs copains lorsqu’ils ne vont pas bien par peur que ce soit utiliser contre eux pour décrédibiliser leur masculinité. En général ce n’est que lorsqu’ils sont sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants qu’ils se lâchent et peuvent se dévoiler émotionnellement. Dans ce cas de figure l’alcool et la drogue leur permet de lâcher prise et d’évacuer la tension psychologique et sociale qu’ils ne peuvent évacuer en s’exprimant.

C’est à mon sens une des raisons qui répond à la question évoquée en début de ce billet. L’affirmation « Les hommes viennent de Mars et femmes de Venus » censée justifier nos différences de besoins et d’expression ne répond pas à toute la question. L’éducation, est un facteur important si ce n’est le plus déterminant.

On apprend aux garçons que certains aspects de leur personnalité doivent être occultés au profit de caractères dits masculins. Malheureusement les parents sont ceux qui favorisent cette programmation sociale.On élève les garçons à être des hommes dont l’identité se base sur le rejet du féminin, pas étonnant qu’ils ne voient pas les femmes comme des êtres humains à part entière, mais des personnes dont ils sont supérieurs. Ce système insinue de sous estimer les femmes, de ne pas les respecter. Voila où en est notre culture.

Cette organisation sociale a également créé une hiérarchie, il y a les hommes considérés comme forts et dominants et les femmes perçues comme faibles et inférieures. Ce système est également renforcé par le dogme religieux. Dans les principales religions l’homme est représenté comme le tuteur de la femme, le chef de la famille, celui qui pourvoit aux besoins du clan et garantit son bien-être. Il est celui qui reçoit les directives de la part de Dieu et prend les décisions. L’homme ainsi représenté se voit assigner un rôle qu’il doit à tout prix assumer, une pression supplémentaire relevant ici un caractère indéniable, en réponse à une certaine volonté divine.

Beaucoup de garçons ne trouvent pas de sens à donner à la masculinité parce qu’ils n’ont pas de vraies figures masculines, ainsi ils donnent leur propre sens à ce terme.     Combien de papas dans la communauté noire par exemple pensent que l’éducation des enfants est l’apanage des mamans. Pourtant nos garçons doivent avoir des exemples d’hommes différents des stéréotypes. Ils doivent être éduqués différemment, conseillés et guidés.

Plus de pères en cuisine, faisant les courses, montrant des marques d’attention… Les pères devraient faire des activités avec leurs fils, du type danser; aller au théâtre; faire de la peinture; cuisiner; faire les courses… Ils devraient montrer des marques d’affection; dire à leurs enfants qu’ils les aiment, qu’ils les apprécient… Ce sera assez masculin pour l’enfant, car chaque garçon mesure sa masculinité en fonction de son père.

Tout le monde mérite de se sentir complet, vrai et authentique tel qu’il est à l’intérieur. Être emphatique, avoir de l’attention pour les autres, montrer ses sentiments et ses émotions ne sont pas des traits de caractère féminins mais humains. Ne mettons pas nos enfants dans des cases de genre, emmenons les simplement à être eux même.

Comme le documentaire le dit si bien, Chacun de Nous peut faire sa part en élargissant le sens de la masculinité; en modifiant les définitions rigides de la virilité.

La culture ne définit pas les hommes ce sont les hommes qui la pensent, et je crois qu’elle doit correspondre aux réalités de l’époque vécue.

Nous avons tous un rôle à jouer dans la création d’un univers plus sain. Aidons nos garçons à ne plus avoir à mettre ces masques, et toutes ces petites chenilles deviendront de beaux papillons, noirs, libres, et authentiques.

« Si tu ne pleures jamais, tu as toutes ces émotions stockées à l’intérieur, et tu ne peux pas les laisser sortir. »

« Ils sont vraiment endoctrinés par cette culture qui ne valorise pas ce qui est féminisé. Si nous sommes dans une culture qui ne valorise pas l’attention, l’affection, les relations, l’empathie, vous allez avoir des filles et des garçons, des hommes et des femmes en détresse. »

— Dr. Niobe Way, psychologue et éducatrice

 Source*: « The Mask You Live In » que je vous conseille de regarder, disponible sur Netflix France.