« Il n’y a pas d’hommes infidèles, il n’y a que des femmes incapables ». Ceci est une citation de mon professeur de philosophie pendant un cours en terminale.

Faisons un focus sur cette phrase. Mon professeur insinuait ici que l’homme n’est pas responsable de son infidélité, c’est la femme qui en porterait la responsabilité . En fait, son incapacité à le satisfaire serait la raison qui le pousserait à aller voir ailleurs.

L’infidélité est un sujet aussi vieux que le mariage. Disons le couple, puisque les moeurs ont évoluées, le concubinage est aussi une forme de couple. La définition du couple a donc également évolué, de même que celle de l’infidélité.  Pour faire simple, disons que si au départ la polygamie/la relation libre n’est pas choisit comme option par les deux partenaires, aller voir ailleurs comme on le dit communément est considéré comme une infidélité. Sous quelle forme, à chacun de définir ses limites.

En ces termes, tromper relève donc des deux partenaires, l’homme ou la femme. L’infidélité n’est certainement pas une question de capacité ou d’incapacité à satisfaire ou à combler l’autre. C’est un manquement à l’engagement pris, une trahison faite à son/sa partenaire.

« Il t’a trompé?  mais qu’est ce que tu n’as pas fait? »

C’est un constat. Les hommes infidèles sont plus ou moins excusés. Les autres hommes le cautionnent, lui cherchent des excuses ou se taisent. Les femmes sont souvent les premières à trouver des excuses aux hommes en allant jusqu’à blâmer la femme cocue. Il y a un bel exemple en début d’article. Ce professeur, philosophe, attestait que l’homme n’était pas responsable de son infidélité, mais que sa femme l’était par son incapacité à faire je ne sais quoi!

Dans la société africaine en particulier, lorsque la femme cocufiée ose se plaindre de l’infidélité de son conjoint, non seulement elle n’a presque pas de soutiens, mais les personnes qui l’écoutent lui font comprendre que c’est une situation commune à plusieurs et qu’elle devrait plutôt se focaliser sur le fait de ramener son mari à la maison. Qui n’a jamais entendu dire « les hommes sont comme çà! »,  sous-entendu, c’est dans leur nature… ils ne sont pas responsables. Les plus courageuses osent même donner des conseils à la femme trompée, pour mieux satisfaire son conjoint. En gros on insinue qu’elle a fait ou pas fait quelque chose pour que son mari soit infidèle. Dans tous les cas, elle en porte la responsabilité.

Par ailleurs, dans notre société aussi évoluée soit-elle, l’infidélité n’est pas traitée de façon égale pour l’homme et la femme, et bien sur les conséquences ne sont pas les mêmes.

Pourquoi les hommes auraient-ils plus le droit à l’erreur ? Pourquoi l’infidélité féminine est un tabou?

L’infidélité masculine est soutenue par des théories biologiques et évolutives, qui tentent de prouver les écarts entre les hommes et les femmes. L’excuse selon laquelle l’homme est plus sensible à ses pulsions sexuelles me semble un peu farfelue (après je ne suis pas scientifique, je ne demande qu’à apprendre lol).

Alors soit, si les hommes sont insatisfaits, lassés ou juste gourmands ils peuvent être infidèles. Cependant la femme elle, n’a droit à aucune indulgence lorsqu’elle est infidèle,  quelle qu’en soit la raison. Pas que j’encourage l’infidélité, c’est l’inégalité que je dénonce, non seulement parce qu’elle met en danger les femmes, et surtout parce qu’elle déresponsabilise les hommes dans le couple. Ce n’est pas normal.

Les femmes aussi ont des pulsions sexuelles, pourquoi se contrôleraient-elles mieux?  

La différence à mon avis, est que dès son plus jeune âge, on apprend à la jeune fille ( sa mère, la société, la religion…)  à nier son intimité, à avoir honte de son vagin, et à refréner ses désirs sexuelles. Il y a encore des parties du monde ou l’on mutile des jeunes filles dans le but de supprimer toute jouissance lors d’un rapport sexuel, afin de la contrôler, de mieux l’assujettir.

Sous prétexte que la femme est le noyau de la famille, elle ne peut pas se permettre d’être infidèle. J’ai énormément de mal avec ces étiquettes que l’on nous colle et décolle au grès des situations. Et comme par hasard ces situations avantagent toujours un seul genre.

L’homme et la femme ont des désirs sexuels, des pulsions, des périodes de forte libido. Et je ne veux pas considérer  les cas particuliers où la relation ne fonctionne pas, où ce serait le fait d’être délaissé par le/la conjoint.e etc. Néanmoins nous sommes des êtres humains, conscients de nos actes, et capables de maîtrise de soi, c’est ce qui nous différencie des animaux. L’homme et la femme devraient donc pouvoir se contrôler et tenir leurs engagements.

Et si nous reconsidérions les choses?

Si l’homme peut être excusé pour son infidélité, alors la femme aussi. Si l’homme peut faillir l’instant d’une tentation alors la femme aussi. Si l’homme peut désirer un autre corps que celui auquel il s’est engagé, la femme aussi, et ce n’est pas la fin du monde. Ça arrrive tous les jours, les femmes et les hommes trompent. Il faut arrêter de blâmer la femme plus que l’homme, alors que pour avoir un rapport sexuel il faut deux corps.

Tant que les hommes ne seront pas blâmés pour leur infidélité ils continueront. Et tant que l’on condamnera plus durement les femmes pour avoir été infidèles, les hommes se sentiront plus en sécurité dans les relations et auront une sorte d’ascendant sur leurs  compagnes. Parce que c’est aussi de ça qu’il s’agit, l’insécurité des femmes dans les couples, car elles sont menacées par l’apparition d’une éventuelle rivale, et que malgré tout  elles devront faire preuve de compréhension et de grand coeur contrairement aux hommes.

L’homme est en sécurité, il a le droit d’être odieux si sa compagne est infidèle, personne ne lui en voudra. Il a l’assurance que celle qu’il épouse a été programmée pour ne pas le tromper, elle a été conditionné à la maison, à l’église, à l’école, avec les copines… qu’elle ne doit en aucun cas penser à un autre que son mari. Il a l’assurance qu’après avoir eu ses enfants, elle aura d’autres priorités que faire place à ses pulsions sexuelles et de passer à l’acte. Alors il est confiant, il prends des libertés, il est certain de toute façon que lui sera fidèle. Or lui n’a pas la même pression, au contraire. Il ne le fera peut être pas tout le temps, parce il est responsable, il aime sa femme, mais il sait que si ça lui arrive, la société l’excusera et sa femme aussi probablement.

Le vrai débat devrait être la censure de l’infidélité ou pas. Est ce immoral? est ce condamnable? est ce une cause légitime de divorce?  A ma connaissance l’infidélité est un acte mal jugé par la société, dans ce cas il devrait l’être pour l’homme et la femme.

« L’infidélité de l’homme est suivie par peu de conséquences, elle est en plus supportée par des théories biologiques et culturelles toutes plus farfelues les unes que les autres. »

Psychologue Esther Perel.

Un homme infidèle est considéré comme fort, capable. Et une femme qui trompe comme une pute, une femme de petite vertus. Les conséquences d’une infidélité pour l’homme et la femme n’ont jamais été et ne sont toujours pas les mêmes pour l’homme et la femme.

L’infidélité d’un partenaire n’est le fait de l’autre et ça ne le sera jamais, celui/celle qui trompe doit assumer son acte, c’est lui qui trahit pas l’autre.