Hello There! Le mois de septembre est arrivé et avec lui, les parents qui courent, les enfants qui trainent pour passer la porte, les autres qui prennent le train avec l’arrière goût des soirées chaudes de l’été, bref c’est la reprise. 🙂

Après s’être ressourcé chez nous ou ailleurs, on est prêt à repartir pour une année de travail, d’accomplissements divers et de stress.

Tôt le matin je vois des étudiants qui marchent sur le chemin de leur avenir, et mon coeur est envahit à la fois de peur et d’excitation à l’idée de reprendre mes études. Eh oui! ce sera une « vraie rentrée » pour moi qui ai quitté l’école depuis 7 ans, à Bordeaux.

8 ans après mon séjour universitaire à celle que j’appelle affectueusement Bordoux, j’y suis retournée cet été en famille. Cette magnifique ville m’a accueilli avec son décor médiéval et m’a rendu nostalgique. J’étais déjà repartie plusieurs fois, mais cette fois m’a semblé différente. J’ai été prise par cette envie de remonter le temps. Si j’avais une baguette magique que voudrais -je changer?

Septembre 2010…

Mon année à Bordeaux a été ponctuée de très beaux souvenirs et de magnifiques rencontres qui enrichissent ma vie actuelle. Pourtant si je demandais à cette étudiante de 21 ans, arrivée fraichement du Sénégal, elle n’aurait pas la même version que moi.

Elle n’a eu que quelques jours pour s’intégrer dans ce nouveau monde. Pour un jeune français avoir un compte bancaire, souscrire à une assurance habitation, meubler son appartement… sont des évidences. Mais dans son monde à elle, sa mère ou quelqu’un d’autre se chargeait des démarches administratives et autres. En quelques heures il fallait qu’elle grandisse, qu’elle se responsabilise et vite! Quand le responsable de Domo France lui a annoncé qu’il ne pouvait lui remettre les clés sans assurance habitation, après qu’elle se soit perdu 2 fois , trompée de sueur et au bord de la crise de nerf, elle a cru que le monde lui tombait sur la tête. « Ok, je dois donc avoir une assurance habitation, mais je la trouve où? comment?« … C’est tout sauf une évidence pour un étranger qui vient d’un monde où les codes sont différents.

Dès le premier jour de cours, devant le fossé culturel et/ou intellectuel qu’elle a constaté, elle a jeté l’éponge. Elle a compris très vite qu’elle ne serait plus parmi les plus brillantes de sa classe, mais parmi les cancres. Car même si elle avait été dans une école française à Dakar, trop de notions lui étaient inconnues et personne ne prendrait le temps de s’arrêter pour voir si elle avait bien pris le train ou pas, elle étaient censée y être point! Le choc fut brutal, sans aucune transition. Son ignorance et sa peur étaient interprétées comme un manque de motivation, et les étiquettes étaient très vite collées en France (elle l’apprendra à ses dépends).

Je revoie cette petite fille noire, perdue dans cette immense ville blanche et élégante, qui ne savait rien d’elle, et dont elle ignorait presque tout. Je revoie qui essaie de convertir chaque article en Fcfa en restant bouche bée face à un gloss à lèvres qui coutait 12.000 Fcfa, et encore ce n’était pas le plus chèr!

Elle se sentait si seule au monde, dans son appartement mal isolé (elle avait 2 radiateurs d’appoint dans 18m2). Ce sentiment de solitude la broyait et l’empêchait littéralement de voir plus loin que le bout de son nez.

La dépression a frappé à sa porte, elle ne savait pas comment l’appeler mais c’était la seule vraie amie qu’elle avait. Elle lui a ouvert les bras et s’y est blottis. C’était confortable au début, puis c’est très vite devenue une amie envahissante. Qui ne la laissait pas apprécier autre chose que le noir et le vide qu’elle lui offrait. Elle a connu les crises d’angoisses, une grosse épreuve de santé qui lui a demandé énormément sur le plan physique et psychologique. La seule chose qu’elle désirait à ce moment là , était retourner au plus vite dans son pays, au Congo.

Elle y a vécu tant de choses, disons plutôt qu’elle a survécu. Pourtant je ne perçois plus sa souffrance. Elle a fait place à la nostalgie, un sentiment de victoire, et de paix.

Septembre 2019…

Aujourd’hui je sais, que toutes ces expériences qui paraissaient douloureuses forgeaient une femme forte et me préparaient à bien d’autres combats. 9 ans après mon arrivée en France, je ne fais plus d’aller-retour à la préfecture pour renouveler mes papiers. J’ai appris les codes à la Française, et j’apprécie cette terre d’accueil qui m’a tant donné.

C’est fou ce qu’on ne se rend pas compte à quel point vivre dans le présent est important. On a tendance à vivre entre le passé et le futur, alors que c’est le présent qui détermine à la fois notre passé et notre avenir.

Si je pouvais remonter le temps, je profiterais plus de cette période estudiantine. Profiter de chaque jour férié, de chaque temps libre. Je lirais, apprendrais davantage, sortirais et ferais de multiples expériences. Je prendrais le temps de mieux connaitre mes camarades de promo, les français en l’occurrence. J’aurais certainement gagner du temps en posant des questions, en sortant, en discutant. Je passerai mon permis, ça m’éviterai de le passer 4 fois à Paris et d’y laisser autant d’€.

Je sortirai tous les week-ends, car après je n’aurais plus le temps ni l’envie. Je ne me mettrai pas autant de pression pour les mauvaises raisons, car la fin c’est uniquement moi qui compte, c’est Ma Vie. J’accepterai de voir la psychologue que m’avait proposé ce gentil médecin, parce que j’en avais vraiment besoin. Enfin, je prendrai le temps de connaitre et d’apprécier le vin, le calme et la proximité sociale qui me manque aujourd’hui en région parisienne.

A quelque chose, malheur est bon.


Expression française

Malgré les difficultés évoquées tantôt, mon année à Bordeaux a été enrichissante. Elle m’appris énormément sur moi. La solitude m’a permit de commencer le voyage vers mon Moi, et de poser les bases de ma vie actuelle. J’ai appris à retirer les étiquettes héritées de ma culture, du regard et des opinions des autres( and I’m still working on it).

Finalement si je devais remonter le temps, j’hésiterais. Peut être que je ne le ferai pas. Je laisserai simplement ce mot dans un coin de l’histoire en espérant que cette jeune fille le trouve : «  Ne te torture pas trop l’esprit, le meilleur arrive. Fais confiance à Dieu, crois en toi et suis ton intuition. Ne vas pas plus vite que la musique, profite à fond du moment présent !! Et c’est aussi valable pour toi, oui Toi! Car au final c’est le présent qui compte, et c’est nous qui l’écrivons.