Ça va aller, tiens bon, sois forte! Il faut que tu tiennes, tu dois continuer à vivre…. 

Les gens croient être gentils à dire ces choses. L’intention est assurément bonne, mais rien, je dis bien rien ne peut faire passer ma douleur. Tout le monde veut me rappeller à quel point je suis forte, comme si la force immunise contre le douleur. Comme si la force épargne de ressentir les émotions. En fait c’est de çà qu’il s’agit laisser ou non libre court à ses émotions. 

Que ressens tu? J’aurai voulu entendre çà. Plutôt que de nier mon chagrin en me disant « je sais que c’est dur, mais bon! »

Mais bon quoi? Il est déjà parti, je ne peux rien y changer? Je le sais çà! 

Mais bon quoi? Il ne faut pas que je pleure trop? car ça ne me le ramènera pas? Je le sais aussi. Si je savais le ramener je le fera, et ce à n’importe quel prix.
Je n’ai entendu que çà, sois forte pour tes enfants, sois forte pour ta mère, il ne faut pas qu’elle te voit pleurer sinon elle va s’effondrer. Il faut que tu tienne, sinon…. Sinon quoi? Et moi? Qui est fort pour moi?

Comment réagir à la mort d’un proche?

Je ne veux pas qu’on me dise comment réagir, je ne sais mo meme pas comment faire pour continuer à respirer, alors que lui a désormais le souffle à jamais coupé.

Et si j’avais besoin de m’effondrer? Si j’avais besoin de crier, de pleurer à en avoir le crâne en bouilli. Si j’avais besoin de ressentir ce vide, de l’explorer, d’en faire le tour plusieurs fois avant de me rendre compte que rien ne pourra plus jamais le remplir. Qu’il faudra que je ferme cette pièce de mon cœur complètement vide, sachant je ne pourrais plus la meubler. Une partie de mon cœur s’est arraché, je l’ai ressentit dans tout mon être, littéralement, à l’instant même où le souffle de mon petit frère s’est coupé. Une heure avant que je reçoive le pire appel de ma vie, je savais clairement que mon frère était parti. 

Pourtant, 3 mois après son départ, j’ai encore l’impression qu’il va répondre à mon dernier message whataspp. Mon intelligence n’arrive toujours pas à intégrer le fait que mon cadet ne prendra jamais mes filles dans ses bras. Je me souviens d’une nuit quelques semaines avant le décès de mon frère, j’ai répensé à un film ou une maman devait reconnaître le corps de son fils unique à la morgue après une fusillade. La scène m’avait profondément marqué, et ce soir là cette image m’était revenue. J’en ai parlé à mon conjoint en lui disant que je n’osais pas imaginé ce que pouvait ressentir cette maman, en écho à la maman que je suis devenue. 

Aujourd’hui je sais, enfin je sais conjuguer cette douleur, peut être pas au même temps car il s’agit de mon frère et pas de mon fils. Mais je sais à quel point on est perdu, comme suspendu sur une corde et qu’on doit avancer au risque de se faire happer par le vide. Je sais désormais rire en ayant mal, manger sans en avoir envie. Je sais que la vie ne tient qu’à un fil. Qu’une force bien plus forte qu’on ne peut l’imaginer nous tient. On pense être gestionnaire de nos vies. On fait des projets, pourtant les lendemains ne nous appartiennent pas vraiment. En fait, maintenant je crois qu’ils ne nous appartiennent pas du tout.

Dire A Dieu pour mieux avancer


Je n’avais pas vu mon frère depuis plusieurs années, pour différentes raisons, alors je me consolais en allant le voir une dernière fois sur son lit de mort. J’avais besoin de pleurer sa perte, de me recueillir, de lui dire au revoir. Malheureusement ces moments m’ont été volés. Ces moments de recueillements en famille dont j’avais tant besoin m’ont été volés. Je me suis retrouvée comme dépouillée de mes biens les plus précieux en quelques secondes. 

Tout est troublant dans cette perte, la brutalité, la tragédie d’une mort à fleur de l’âge. C’est pas seulement triste, c’est déchirant. Ce sentiment d’impuissance est si déconcertant. Je respecte les thèses selon lesquelles nos coutumes sont notre étendard, mais si elles ne conviennent pas aux personnes qui sont censées en bénéficier, pourquoi diable continuons nous à perpétuer certaines pratiques?

Tout ce bruit, ces gens…. qui mangent, boivent, rient dans un lieu de recueillement, c’est çà notre culture? C’est çà le fameux tissu social tant vanté dans nos pays africains? 

Je déteste le fait que je n’ai pas pu avoir 5 minutes avec la dépouille de mon frère. Des bras, des voix, des conseillèr.es international.e.s qui croient tout savoir, et mieux que vous ce qui vous convient. C’est éreintant! Je suis partie au pays dévastée, sans réponse, et je suis revenue en France encore plus démunie. 

Comment se remettre de la mort de son frère chéri?

Je devrais faire avec, je devrais sourire, être forte et continuer d’avancer. Mais j’emmerde les conseils! j’emmerde les suggestions et les injonctions. Je suis dévastée. J’ai mal, comme quelqu’un qui a subit une opération à cœur ouvert. Mes larmes ne sont pas sorties comme il fallait et elles me déchirent à l’intérieur en essayant de se frayer un chemin, pour se déverser hors de moi. Je n’ai pas dit à mon frère ce que je devais quand je le voulais.

C’est impossible pour moi! Je sais qu’aucune plaie ne reste ouverte à jamais, si on l’aide à se refermer, la nature fera son travail. Je le sais, le temps m’aidera.

Mais pas les mots, ceux pourtant que je chéris tant. Surtout pas ces mots maladroits, ces phrases bateaux que l’on balance en espérant que ça efface les marques de souffrance sur le visage de l’autre. 

Je veux qu’on accepte de me voir pleurer, de me voir déprimer, en colère, silencieuse… car ces émotions décrivent exactement ce que je vis là dedans. J’ai mal, mon frère me manque terriblement.

La perspective de ne plus jamais le voir dans ce monde m’est insupportable, et je n’y peux rien. Je ne sais pas être forte, je ne suis pas une super woman, et je ne veux certainement pas essayer de l’être. Et à supposer que je le suis, ça ne m’exempt pas d’avoir mal ou de pleurer. Ça ne m’empêche pas de déprimer, ni de perdre pied. 

J’ai besoin d’aide? certainement! et j’en ai heureusement! Merci à ma famille, à tous mes amis qui ont compris et qui ne m’ont pas gêné dans ce chemin de deuil personnel, difficile et ténébreux.

Merci infiniment pour toutes les marques de soutien. Je reviendrais, je le sais. Mais mon frère lui ne reviendra pas, et çà je ne le supporte pas encore.