Je suis une femme noire, née au Congo, devenue française.

J’ai écris cette phrase, en introduction à ce billet car ces mots mis ensemble ont une incidence dans ma vie quotidienne. Cette description fait de moi une personne moins privilégiée, qui doit se battre plus que les unes ou les autres pour exister, réussir, et parfois survivre. C’est ma réalité!

Que ce soit au Congo ou en France, le fait d’être une femme ou « une immigrée noire », me confère une posture désavantageuse par rapport à mes consœurs, ainsi que mes concitoyens et parfois me met en danger. Voilà un autre fait!

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Ce billet est un coup de geule, je le dis tout de suite! Je l’ai écris il ya quelques années, j’ai rajouté des lignes il ya quelques mois puis mis à jour. Le simple fait qu’il soit encore d’actualité me rend folle.

Pourtant je vais le laisser ici, en espérant que quelqu’un apprenne quelque chose. A mon sens l’essentiel de ce texte nous ramène à qui nous sommes vraiment, à notre humanité.

Black’s lives matter !

C’est fatiguant d’avoir à se justifier en tant que noir.e du fait de se sentir concerné.e et/ou écœuré.e de voir perpétrer depuis des siècles des injustices sur des gens qui nous ressemblent à cause de notre couleur de peau. C’est tout aussi fatiguant d’avoir besoin de rappeler que la vie compte, celles des noirs Oui!

 Suis je insensée d’avoir mal lorsqu’un un noir est blessé ou retrouvé mort suite à une opération policière en France, aux États Unis, au Congo ou au Nigéria? N’est ce pas un sentiment humain?

En arrivant en France, j’ai adhéré aux valeurs de la République. D’ailleurs je l’ai dit pendant mon entretien d’acquisition de la nationalité « je veux être française parce que je chérie les valeurs de liberté, d’égalité, et de fraternité de ce pays ».

Je suis peut être une idéaliste, mais j’y crois. Ces principes nobles et profondément humains font de la France un grand pays.

Alors lorsque j’entends des hommes qui se disent instruits, proférer des argumentaires noséabants censés justifier la mort d’une homme sous prétexte qu’il n’était pas un citoyen modèle, j’ai mal à ma France qui s’est battue pour les droits de l’homme, ou pour l’abolition de la peine de mort. 

C’est très simple! Que Gorges Floyd soit présumé délinquant ou pas il mérite de recevoir une réponse judiciaire proportionnée. Ce n’est pas aux individus quels qu’ils soient de le condamner à une agonie sur le bitume pendant près de 9mn! Ceci est aussi valable pour Adama Traore ici chez nous.

J’ai entendu des personnes opposant les actes de ce dernier prétendument répréhensibles à son arrestation. Pourtant notre société « civilisée  » a prévu des sentences judiciaires pour répondre à des actes condamnables, de sorte que nous partagions tous une terre de liberté et de droit. La loi est la même pour tous, celui qui commet un acte nommé et condamné par la loi doit y répondre devant un tribunal.

Pourquoi donc diable ceci doit être valable pour certains citoyens et pas pour d’autres?

Donner la mort sans l’avoir prémédité est dit homicide involontaire. Si ce mot existe c’est parce que justement il y’a des personnes qui causent la mort sans avoir eu l’intention de la donner, néanmoins ils doivent répondre de leurs actes. 

Que les dirigeants de chaque pays, occidentaux africains et autres écoutent le peuple.

Ceux qui ont le pouvoir par les urnes ou par les armes oppressent désormais de la même manière les plus faibles qu’ils ont pourtant juré de protéger.

Les hommes sont tués, les femmes sont violés par les défenseurs de nos états. Ce n’est pas acceptable! Que ce soit des cas isolés, des meurtres répétitifs comme au Nigéria, ou des tueries en masse comme au Congo ce n’est pas acceptable!!!

Dénoncer ces actes c’est montrer ces blessures que nous avons enfouit depuis trop longtemps ce n’est pas se « victimiser« . La communauté noire au sens large vit avec des blessures émotionnelles transmis par l’histoire et par le vécu horrible de nos ancêtres. Nous ne voulons plus être opprimés, ni par les puissants qui à l’époque étaient les esclavagistes et les colonisateurs déguisés aujourd’hui en bienfaiteurs, ni par nos dirigeants à qui nous avons donné le mandat de gérer nos affaires communes mais qui se gavent et nous tuent pour s’éterniser au pouvoir.

Acceptons l’idée que les noirs ne sont pas égaux des blancs dans les faits. Les femmes ne sont pas égales des hommes dans les faits. Les riches n’ont pas les mêmes droits que les pauvres dans les faits.

Et cela doit changer, mais qui écoute?

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Les privilégiés n’écoutent pas 

On ne demande pas de comprendre, juste d’écouter. 

Lorsqu’une citoyenne dit qu’elle a peur de la police et qu’il y en a beaucoup comme elle, la République doit écouter ses enfants.

La police doit écouter ces voix, si seulement susciter la peur n’est pas son intention. Au lieu de ça les dirigeants étouffent le cri de détresse des enfants de la République en la niant avec de grands discours orchestrés. 

Il devrait y avoir une école pour apprendre à Servir et à Écouter. Savoir diriger, politiquer, bien communiquer, gérer la finance etc. ne suffit pas. Car nos dirigeants ont il me semble oublier qu’ils sont là pour servir avec dévotion leur peuple. La police a pour vocation entre autre d’assurer la sécurité de l’ensemble des citoyens, plurielle et diverse.


Ecouter la frustration, la peur, le ras-le-bol de ceux qui l’expriment. Ceux qui sont inconfortables, stigmatisés. Ceux dont l’humanité a été niée pendant des siècles durant, et qui le demeure a bien des égards encore aujourd’hui!


Non les choses n’ont pas tant changé pour les noirs. D’accord il n y a plus d’esclavage organisé à l’échelle mondiale mais les chaînes sont encore là. 

Dans les blagues nulles des collègues; dans les yeux méfiants de la femme qui est devant nous dans la queue au guichet de banque. Dans l’attitude du recruteur qui s’aperçoit qu’on est noir lorsqu’on passe la porte. Dans la bouche de personnalités publiques qui scandent des discours de haine et de supériorité de civilisation. Dans l’inconscient du policier qui contrôle un noir avec l’arrière pensée selon laquelle le noir est dangereux, mesquin, brutal, imprévisible…. cette arrière pensée installée dans l’inconscient des blancs est la base même de cette déshumanisation.

Dans chacun de ces faits, on nous enlève la présomption d’innocence, celle d’une bonne éducation, d’une citoyenneté exemplaire, de capacités intellectuelles, ou de notre identité français

Une histoire et une humanité commune


L’histoire des noirs et des blancs est jonchée de violences, ce sont des faits. Cependant l’histoire des noirs et des blancs est aussi la preuve que l’être humain est capable du pire mais aussi du meilleur, car aujourd’hui nous pouvons vivre ensemble.
 

Il y’a des faits et puis il y’a les gens dans leur individualité, arrêtons de tout mélanger.


Il y a des délinquants blancs et noirs, il y’a des policiers racistes et non-racistes, et il y a des lois pour réguler notre société. Puissent-elles être justes et égales pour tous. L’usage disproportionné de la force doit être puni, comme tout acte répréemssible par la loi. Peu importe que la personne concernée est un uniforme sur le dos.

C’est pour ça que des milliers de personnes ont marché aux États Unis, en France, au Nigéria. 

Un noir a aussi le droit de se racheter s’il a commis des erreurs. Un noir a aussi le droit de revenir sur le droit chemin s’il a fais de mauvais choix. Un noir a le droit à un procès équitable s’il a enfreint la loi. On ne le châtie pas « comme une bête » parce qu’on estime qu’il ne s’est pas comporté comme un toutou docile qui obéirait à son maître. 

Je refuse que l’on punisse tous les noirs pour la faute de quelqu’un uns, mais aussi que l’on ne blâme tous les blancs pour l’ignorance ou la méchanceté de quelqu’uns. 

Oui, toute vie est précieuse. Nous le mesurons aujourd’hui avec ce virus. Celles des noirs a trop longtemps été sous-pesée, achetée, outragée, ôtée en toute impunité.

 Il faut que ça cesse, la vie des noirs compte et ce partout dans le monde! 

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With love, always!